no country for old men... ad lib

Publié le par jifi



J'ai revu, lundi soir, le NO COUNTRY FOR OLD MEN des frères Cohen. Je ne l'avais pas revu depuis que je l'avais vu en salle et évoqué à plusieurs reprises (, puis , encore et enfin ). Mais ce film est d'une telle richesse foisonnante pour un cinéphile comme pour un amateur de polars que je pourrai ne pas m'arrêter d'en parler.
Avant d'entendre le monologue en voix-off de Tommy Lee Jones on n'entend que le vent qui donne d'ores et déjà une étendue, une densité et une profondeur à l'espace du film qui le géographise aussitôt. L'accent de Jones, la mention d'Huntsville puis le chapeau de Josh Brolin permettent de situer l'action au Texas.
Le choix de Javier Bardem, un acteur espagnol pour jouer le rôle du tueur impavide (ou presque puisqu'on le voit grimacer orgasmiquement après avoir tué l'adjoint du shériff) est une réelle trouvaille car elle donne un côté exotique renforcé par son improbable coupe de Playmobil ; celui de Kelly MacDonald pour jouer la femme de brolin est lui aussi curieux (quoique judicieux) vu que cette dernière est Ecossaise ce qui, en vo, crée un agréable décalage par rapport à son environnement. Enfin, il faut parler du rôle de l'assistant de Jones, interprété par un de mes acteurs de second rôle préféré du moment : Garret Dillahunt. Je l'avais remarqué dans Terminator :The Sarah Connors Chronicles puis retrouvé sans déplaisir dans l'étrange western de Andrew Dominik, THE ASSASSINATION OF JESSE JAMES BY THE COWARD ROBERT FORD ; c'est assurément un type à suivre de près.
N'ayant pas lu le roman de MacCarty, je ne peux qu'approximer le style narratif duquel, j'en suis persuadé, les Cohen ont essayé de se rapprocher. Ça sent l'écriture séche, comme dans un roman de Chesbro où chaque détail est sensible. la méticulosité de chacun des personnages proéminents est fascinante car elle raconte à sa manière leur passé. Ce n'est pas pour rien que le film commence par l'évocation des prédécesseurs, ces old-timers. Chacun est ainsi un épigône : Bardem de la mort inéxorable, Brolin de l'audacité vouée à l'échec malgré ses ruses et Jones de la sagacité acquise par une expérience désabusée. Il y a un indéniable aspect mythologique dans ses personnages, une fatalité qui leur colle à la peau comme si le fait que Brolin prenne cet argent maudit par le carnage entre trafiquants soit un hubris dont il ne pourra se défaire malgré toute sa volonté.
Côté il y a à mon sens une évocation certaine de l'univers de mon peintre préféré, Edward Hooper, que ce soit dans les paysages que dans les scènes urbaines. Les ombres, en particulier, sont très soignées. Je repense ainsi à une image où celle d'un énorme nuage plane sur le paysage.
La bande-son, j'y reviens est extraordinaire de vérisme. Chaque son semble avoir été retravaillé, amplifié, affûté. Les bruits qui sont associés à Bardem sont liés, en plus de sa voix, trop équilibrée, mécanique, à ses instruments, en particulier son engin marchant à air comprimé. Le bruit que fait la bouteille en touchant le sol est caractéristique de celui d'une bouteille de gaz comme celles des cuisinières. Et ce n'est qu'à la fin, un peu comme (excusez par avance l'analogie consternante) dans le CLOVERFIELD de Matt Reeves où ce sont les sons et les voix qui rhytment l'action, quelque soit ce rhytme d'ailleurs.


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