sept sabres et plein de tatouages...

Publié le par jifi

Tout en vous rappelant que j'ai mis hier en ligne une nouvelle devinette (mais y a rien qui presse aussi, prenez le temps...) et tout en ayant encore à vous parler de sept ou huit autres films vus dans le Sud, je voulais revenir sur deux films en particulier, deux séances de rattrapage.
Depuis sa sortie en dvd SEVEN SWORDS, le film définitif (à mon sens) de sabre (wu xia pian) de Tsui Hark me posait un problème. Je ne saurais dire pourquoi mais je craignais une version boys band avec force cables et effets digitaux destinée à plaire à un public saturé de jeux vidéo. Le fait qu'il soit édité par Asian Star, la collection dirigée par JP Dionnet (ne pas rater sa présentation lyrique du film) aurait pourtant dû me démontrer le contraire ; mais non, invariablement, je passais devant le film sans ressentir le besoin d'assouvir un irrépressible besoin. Enfin, il y a quelques jours, motivé par un déstockage bienvenu ramenant son prix à dix euros, je me suis laissé tenter.
Et ô combien ai-je eu raison ! Pour faire simple et clair, après THE BLADE, je considère tout simplement SEVEN SWORDS (en attendant sa suite), comme le meilleur film de Tsui Hark, un chef-d'oeuvre intégral pour plusieurs raisons.
D'une part, il est revenu aux sources du genre (voir son entretien en bonus qui éclaire ses choix) d'où son refus du recours aux cables et autres artifices devenus monnaie courante, y compris dans la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin.
D'autre part, visuellement parlant, bien au-delà des gageures esthétisantes de films comme LE SECRET DES POIGNARDS VOLANTS et autres HERO (films que j'estime par aileurs pour d'autres raisons), Hark articule sa palette de couleurs et de lumières avec une évidence et une maîtrise qui ne doivent rien au hasard et témoignent de son métier consommé.
Ensuite, pour faire court disai-je, la présence dans la distribution d'acteurs de la vieille garde (Lui CHia-Lang joua naguère dans la trilogie de la 36° CHAMBRE DE SHAOLIN avant de servir de mentor martial aux Hung, Chan et autres Jet LI) comme de la nouvelle (Donnie Yen en guerrier coréen impénétrable, toujours aussi impressionnant) aux côtés d'acteurs continentaux (Songlei Sun qui joue le général chauve est une star en Chine populaire et rien que pour ses scènes il faut voir le film) prouvent la volonté de Hark d'abolir les frontières au profit du film. 
Enfin, pour ne pas gâcher mon plaisir, la musique, ample et héroïque à souhait a été composée par Kenji Kawai, le japonais plus connu pour ses compositions d'AVALON et de GHOST IN THE SHELL et cela donne une dimension supplémentaire au film. Un chef-d'oeuvre je vous dis !
Dans un autre registre, EASTERN PROMISES de David Cronemberg, curieusement rebaptisé Les promesses de l'ombre* est lui aussi une surprise de taille. Il faut dire qu'après un enthousiasme adolescent, j'ai traversé une phase où je ne me retrouvais plus du tout dans des films comme M. BUTTERFLY, CRASH ou encore SPIDER. ET puis en 2005, il y a eu A HISTORY OF VIOLENCE, syncrétisme brillant et revigorant de film noir et de western donnant la part belle à Viggo Mortensen. Voilà pourquoi je l'attendais en dvd, ne serait-ce que pour voir comment des acteurs américain, français et allemand parlaient russe à l'écran.
Je ne reviendrai pas sur l'histoire de peur de trop en dire si ce n'est pour souligner comment EASTERN PROMISES est, à sa manière, un film sur les univers parallèles. Ici, à Londres (et non plus évidemment à New-York comme dans les splendides LITTLE ODESSA de Gray), contre toute attente, une puissante maffia russe guidée par un code implacable fait peser lourdement sa loi. Pas étonnant que le sujet ai plu à Cronemberg, fasciné, entre autres par tout ce qui touche au corps humain ; la scène d'ouverture puis celle des tatouages dans le restaurant sont à ce titre symptomatique de son univers.
Le film est très élégamment photographié, sans rien d'ostentatoire. Il repose avant tout sur les performances de ses comédiens, Mortensen qui rayonne littéralement par sa seule présence porteuse de menaces face à un garçon hystérique et peu sûr de lui joué par un Vincent Cassel bluffant ; quant à Armin Mueller-Stahl il enfonce davantage un clou devenu familier depuis quelque temps : un grand-père russe souriant et chaleureux cache souvent une bête féroce. Mais je ne voudrai pas non plus oublier l'interprète de Stépan, l'oncle d'Anna (Naomi Watts, touchante de candeur dans un univers qui la dépasse) ; Jerzy Skolimowski fut en son temps un des meilleurs réalisateurs polonais...
Un mot pour finir sur le scénario : écrit par Steve Knight (qui a adapté Shutters's Island de Lehane pour Scorcese) il a à la fois le mérite de nous tenir en haleine, de ne pas tout nous montrer et de ne pas précipiter la révélation finale ; en revanche, force m'est d'avouer, en toute immodestie, que j'avais déjà alors compris les ressorts de l'histoire. Mais il n'empêche que c'est foutrement bien écrit.

*
alors qu'il s'agit de celle de l'Ouest, celles que les mafieux font miroiter aux jeunes filles pour les entraîner dans la prostitution...
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Publié dans amènes pellicules...

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B
Alors, pour "Eastern promises", je suis tout à fait d'accord.je suis allé le voir sans illusion, parce qu'ici au Chili, on ne peut pas faire la fine bouche vu l'offre restreinte et ce fut une excellente et bonne surprise, bluffant d'une début à l'autre et très bien maîtrisé dans le genre, sans (prresque jamais tomber dans les pièges du genre.
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