digressions...
![]() | Pourquoi suis-je devenu prof ? Y a-t-il une vie après la mort ? Existe-t-il un haut ventre ? Y aura-t-il de la neige à Noël ? L’inventaire des questions oiseuses auxquelles l’honnête homme est tenu de pouvoir répondre à tout bout de champ est incommensurablement pénible. En ce qui me concerne, j’ai cessé de me les poser et donc d’essayer d’y répondre autrement que par un je ne sais plus... qui, s’il ne cache pas franchement mon embarras, me tire assez souvent d’affaire. Il m’est cependant revenu à l’esprit, en particulier depuis hier, et surtout aujourd’hui, le souvenir de deux enseignants dont, que je m’en rende compte sciemment ou pas, ont certainement influencé, à l’insu de leur plein gré, mon choix de vie. (Non que je pense demeurer prof jusqu’à ce que mort s’en suive....). Le premier s’appelait Jean Pinquier et enseignait le latin dans le collège privé où je fis mes classes de futur lycéen. C’était un bohémien de l’espèce des dilettantes, capable de s’investir dans un fumeux projet de journal monté par deux collégiens (tu te souviens Fred ?) de quatrième, qui connaissait personnellement Jean-Edern Hallier, et, c’est là qu’on arrive à mon propos, saisissait |
| la moindre brêche digressive pour s’y engouffrer toutes parenthèses largement ouvertes. Il faut être clair : je ne garde que des souvenirs brumeux de mes années de latin et serais incapable, même sous penthotal, de réciter la moindre déclinaison de base. En revanche, j’ai beaucoup appris sur la littérature, le cinéma, et la vie en général au contact de ce type qui, dès qu’on le lançait sur un sujet (quand il ne l’abordait pas de lui même), décrochait de son cours pour digresser avec un naturel confondant. J’ai continué à le rencontrer de temps à autre. Je me rappelle de deux rencontres entre autres. Une fois, quelques années après, alors que revenu de son année de coopération en Turquie, il nous avait invité à prendre l’apéritif chez lui et nous avait présenté sa jeune épouse turque. Une autre (alors que j’étais en vacances à Toulouse, l’année de l’IUFM ?) quand j’étais tombé sur lui devant un cinéma. Il avait été stupéfait d’apprendre ce que j’avais fait comme études, ne m’ayant jamais vu dans cette voie. Je l’ai depuis perdu de vue, mais j’espère qu’il va bien parce que je lui dois beaucoup. Le second , j’ai oublié son nom, était mon prof d’histoire en première. C’était un fanatique de cinéma qui, ave sa femme, étaient des piliers militants de la Cinémathèque de Toulouse. Chaque occasion faisant le larron, ses cours d’histoire-géo furent un semestre durant autant d’échappée belle cinéphiliques dont le point d’orgue prit la forme d’une sortie pour aller voir, un soir (en dehors des cours donc) le film d’Oshima, LA BALLADE DE NARAYAMA. Je m’en souviens d’autant plus que c’était une avant-première et que, pour avoir ma place, j’avais du acheter, pour la première fois, Libération ; mais aussi parce que ce soir-là, The Police joua à Toulouse. J’ai dis un semestre parce qu’ensuite, pris de remords ? inspecté ? je ne sais plus, il vira à 180° et se mit à nous faire bêtement bachoter. Pourquoi évoquer ces deux profs vous demandez-vous ? Je me suis aperçu que, selon mon humeur ou celle de mes élèves, je prenais en classe ce genre de libertés que j’appréciais tant chez ces messieurs, saisissant à mon tour n’importe quel prétexte pour bifurquer, m’emparer d’un lambeau de justification pour évoquer un film, une série ou n’importe quoi de plaisant. Cela n’empêche pas ces digressions d’être toujours, plus ou moins, rattachées au cours, mais cela doit aussi donner à mes séances un aspect, disons, décousu. So fucking what ! ? |
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