premier vendredi de janvier
| Naguère, les après-midis des vacances scolaires, a fortiori celles de Noêl, étaient l'occasion de débauches de films, pas nécessairement récents, mais toujours très chouettes à voir et revoir. L'on pouvait alors, sans difficulté aucune, rester des heures durant, quitte à changer de chaîne, et passer d'un Disney, à un western, d'un film de pirates à un film de guerre ; la nuit arrivait sans que l'on s'en rende compte. Bon, ce n'était pas le Paradis sur Terre pour autant, mais pour l'apprenti cinéphage que j'étais c'était le bon vieux temps. Désormais, l'indigence de la programmation télévisuelle durant les vacances n'a de cesse de m'étonner et de me navrer. C'est comme si les chaînes hertziennes, actant de la concurrence des chaînes satellitaires, de la tnt, ou du dvd, avaientt abandonné la partie, ne choisissant des films que pour justifier ses écrans publicitaires. Et puis, évidemment, que se passe-t-il le dernier vendredi des vacances ? Une anomalie quantique télévisuelle ! Je m'en explique. A compter de 15h50, si vous n'avez pas bazardé au recyclage votre magnétoscope, vous allez vous retrouver devant un choix cinéphiliquement cornélien puisque france 2 va diffuser LA GRANDE ÉVASION de John Sturges tandis que france 3 va elle diffuser LES CONTREBANDIERS DU MOONFLEET de Fritz Lang ; conscients du chox attendu, tf1 rediffuse un téléfilm mièvre dans lequel on retrouvera une jeune Sarah Michelle Gellar brune tandis que m6 se contente d'un terne téléfilm. |
![]() | Commençons par le Fritz Lang. Adaptation somptueuse et inégalée du roman de John Meade Falkner, MOONFLEET est probablement, avec M, METROPOLIS et ses films indiens, l'un des chef-d'oeuvres de Fritz Lang. Mettant en scène l'archétype hoolywoodien du héros des années 50, Stewart Granger, dans un rôle ambigu en diable, le film de Lang est au film de pirates, ce que ses autres films sont aux films de genre : une relecture personnelle, sans concession. Magnifique dans sa composition, du cadre à la lumière, dans son montage comme dans sa direction d'acteur, MOONFLEET a cette fausse langueur des films classiques, qui nous donne cette curieuse sensation d'habitude familière. Revoir ce film, pendant des vacances, c'est comme rentrer dans sa famille pour les fêtes, se mettre devant un feu et boire un vin chaud. C'est aussi une expérience cinéphilique à nulle autre pareille. Et puis, il y a de drôles de coïncidences. Ainsi, l'année suivante, Lang réalise BEYOND A REASONABLE DOUBT [L'invraisemblable vérité] dans lequel un jeune acteur fait une apparition non créditée au générique : c'est Steve McQueen*. |
![]() | Qu'y a-t-il encore à raconter au sujet de THE GREAT ESCAPE qui n'ait déjà été dit ? Le film est à ce point rentré dans la culture populaire que son thème musical sert aux supporters de football anglais, que CHICKEN RUN en est une adaptation hilarante, et que même Les Simpsons s'en sont emparé ! Blague à part, et tout antimilitariste que je sois, c'est un des plus grands films de guerre, l'un de ceux exaltant la camaraderie, l'ingéniosité et le courage de ces officiers qui eurent l'audace de creuser ces tunnels pour s'évader de leur stalag. Rappelons au passage qu'il s'agit d'une histoire vraie, certes passé à la moulinette hollywoodienne. (Et je ne peux à chaque fois m'empêcher de penser à mon grand-père, officier lui-même qui s'évada deux fois – ou trois ?) Film choral s'il en fut, il donne la part belle à un casting exceptionnel duquel il faut citer, outre McQueen bien sûr, même s'il fait cavalier seul dans l'histoire, Charles Bronson et James Coburn, deux ex-mercenaires, mais aussi James Garner, Donald Pleasance... Et puis il ya la musique d'Elmer Berstein qui donne au film sa dimension d'épopée épique et intimiste... |
![]() | Là où ça se complique, c'est si vous avez choisi l'option précédente dans la mseure où tf1 diffuse à compter de 17h20 le ZOOLANDER de Ben Stiller ! Oui, je sais, vous allez me rétorquer que c'était bien la pein de me répandre sur une page entière à propos de deux classiques du cinéma, pour ensuite finir par sortir la comédie non-sensique de Stiller incarnant le seul mannequin homme incapable de tourner à droite, l'inventeur du sourire Magnum. Mais là je plaide volontiers coupable et assume sans aucune difficulté dans la mesure où je considère ce film comme un chef-d'oeuvre de la comédie, au niveau des films des Marx Brothers. Et puis, ne serait-ce que pour le personnage interprété par Will Ferrell, le film vaut le coup... |
![]() | Enfin, quand vous aurez digéré (ou pas) tout ça, vous pourrez en finir avec la soirée théma trash d'Arte en regardant à 23h45 MIDNIGHT MOVIES, un docu américain sur les séances de minuit propices aux films hors normes puis, à 1h10, NIGHT OF THE LIVING DEAD [La Nuit des morts-vivants] de Georges Romero. Son film, en dépit de ses défauts, demeure un classique, au même titre que le NOSFERATU de Murnau. Et surtout, il contribue à maintenir intacte l'une des énigmes |
| les plus tordues du cinéma fantastique : les zombies sont des morts revenus à la vie (pourquoi ? comment ? on s'en fout) d'où leur qualificatif de morts-vivants. Sauf que s'ils sont morts, ils ne peuvent être vivants ; et que s'ils ne sont pas vivants, comment expliquer qu'ils baguenaudent dans les paturages ? * Mais il lui faudra attendre encore trois ans pour que John Sturges ne le fasse jouer dans NEVER SO FEW [La proie des ombres] et, surtout, dans THE MAGNIFICENT SEVEN [Les Sept mercenaires] pour que le futur Johs Randall ne devienne un visage reconnu et apprécié du grand public. |
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