l'empire du soleil...

Publié le par jeanphi

Je viens de revoir EMPIRE OF THE SUN de Steven Spielberg. Si vous ne l’avez pas encore vu, ne lisez pas ce qui suit...

C’était ma première fois en dvd après une vision en salle, en 1987, mais dont je ne gardais aucun souvenir, et une revisite en vhs quelques années après. Tout cela pour renforcer le fait que L’EMPIRE DU SOLEIL n’est pas l’un de mes films fétiches, du genre de ceux que, au cours des années, j’ai vu et revu en salle comme à la téloche.

Tout au contraire, ce Spielberg-là est l’un de ceux qui conservait une auréole d’incertitude : l’aimai-je ou pas ? avait-il bien vieilli ou pas ?
Et autant n’ai-je aucune envie de revoir LA COULEUR POURPRE qui, dans mon souvenir, est un lacrymal mélodramatique montage de chromos auquel je préfère n’importe quel film de Spike Lee, autant j’avais gardé l’envie de revoir L’EMPIRE DU SOLEIL.

Il y avait deux raisons à celà : d’une part, après y avoir réfléchi l’an passé sur ce même blog, je voulais étendre ma réflexion sur la manière dont Spielberg filme l’enfance dans ses films en la confrontant à ce récit d’un enfant devenant, sinon un homme, du moins un adolescent, en survivant à trois années de guerre ; d’autre part, même si cela peut vous sembler anecdotique, j’étais curieux de (re)voir Christian Bale a treize ans.
Commençons par ce dernier.
Spielberg a toujours eu la réputation d’un cinéaste à l’aise pour faire tourner des enfants et bien les choisir. Si la suite de leur carrière a été moins réussie pour un Jonathan Ke Quan (Demi-Lune dans LE TEMPLE MAUDIT) ou pour Henry Thomas (Elliott dans E. T.), on connaît mieux en revanche celle de Drew Barrymore ou de Christian Bale.
Dans le documentaire sur le tournage du film – qui passionnera tous les amateurs de coulisses et rasera les autres – l’on découvre un Spielberg attentif à tirer le maximum d’émotion et de justesse du jeu de Bale et y parvenir grâce au talent réel du jeune garçon. Se dire qu’ensuite, une vingtaine d’années plus tard, ce même gars jouera dans BATMAN BEGINS et dans THE MACHINIST donne le vertige, tout en faisant un sort à cette idée qui voudrait que les enfants soient à l’aise au cinéma mais y vieillissent mal.
Il faut dire que le film repose intégralement sur le personnage de Jim incarné par Bale qui, à l’instar d’un Tom Cruise aujourd’hui, est quasiment dans chaque plan de L’EMPIRE DU SOLEIL. La raison en est simple : c’est l’adaptation du roman de James Graham Ballard relatant son enfance entre 1941 et 1945, à Shangaï. L’action est vécue à travers le regard de Jim, à sa hauteur, et il est donc tout naturel qu’il soit aussi omniprésent à l’écran. Mais comme Bale n’est pas horripilant pour deux sous, on suit sans s’ennuyer ses aventures en temps de guerre.
Car, et c’était la première raison, le film est une histoire sur la perte, voire, pour paraphraser ce film de Scorcese que j’adore, la fin de l’innocence.
Le personnage de Jim vit en effet dans une bulle d’insouciance et d’irréalité qui était le quotidien des Occidentaux enclavés dans leur quartier diplomatique à Shangaï entre 1937 et 1941. S’il sait que les Japonais contrôlent la ville et que la Grande-Bretagne est en guerre, tout cela est très loin de ses centres d’intérêt que sont l’aviation (il connaît tous les appareils japonais, a un planeur) et le bridge. La séparation brutale d’avec ses parents va le conduire à survivre seul, entouré d’adultes qui le rejettent (les anciens domestiques, les Japonais) jusqu’à ce qu’il tombe sur deux Américains vivant de combines (John Malkovich est Basie et Joe Pantoliano est Frank) auprès de qui il va trouver, un temps, une attention réelle. Puis ce sont les camps, et l’apprentissage accéléré de la mort, de la maladie, de la survie, du mensonge, de la trahison.
Constante chez Spielberg, cette notion de survie, coûte que coûte va aussi de pair avec la perte de l’innocence. C’est d’autant plus flagrant à la fin du film lorsque Jim jette dans la rivière cette valise portant son nom et dans laquelle il gardait tout ce qui le raccrochait à sa vie antérieure. Ou lorsque il se retrouve, dans cette serre en ruines, au milieu de dizaines d’autres enfants, et que l’on fait entrer des parents qui recherchent leurs enfants ; tous ont les yeux qui brillent de curiosité, d’impatience, d’espoir alors que le regard de Jim est vide, hagard.
Les parents trahissent leurs enfants, c’est une autre constante spielbergienne qui, l’on s’en souvient, souffrit enfant du divorce de ses parents. Attentifs et tendres au début du film, les parents de Jim finissent rapidement par perdre toute consistance réelle, devant des personnages de carte postale dont Jim avouera à un moment qu’il a oublié jusqu’aux visages. La scène où, retrouvant sa mère, il a d’abord besoin de la lui touche rle visage, les lèvres, les cheveux afin de s’assurer que c’est bien elle en dit long.
Jim se sent/croit abandonné de ses parents qu’il attend des jours entiers dans la maison familiale désertée qu’il occupe tant qu’il peut. Son obstination a vouloir maintenir son amitié avec Basie qui est pourtant un type absolument égoïste est symptomatique de son désir d’un père. Quant à sa mère, elle est dans toutes ses femmes que Jim croise et qui meurent.
Le dénouement heureux (et réel) de L'EMPIRE DU SOLEIL confirme dès lors la quête de Spielberg à travers ses films : retrouver une innocence perdue, une chaleur et une insouciance de l’enfance que le passage à l’âge adulte efface plus ou moins butalement.

ps : la musique de John Williams est, bien évidemment, pour beaucoup dans le lyrisme du film ; trois extraits brefs : , et .

pps : le scénario est signé par Tom Stoppard. Celui-ci est aussi un dramaturge que j'ai ensuite découvert, au théâtre à Toulouse, comme à l'écran, avec sa pièce Rosencrantz & Guildenstern Are Dead.
Reprenant deux personnages secondaires d'Hamlet, Stoppard a écrit, et, donc, filmé, l'une des adaptations les plus loufoques et les plus foutraques de Shakeaspeare et donné à Gary Oldman et Tim Roth leurs meilleurs rôles...


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