james gray's we own the night...

Publié le par jifi

En 1994, à peine âgé de 24 ans, un jeune gars du Queens remporte le Lion d'Or de Venise ; il s'agit de James Gray qui a écrit et réalisé LITTLE ODESSA.
Le film est un chef-d'oeuvre sans concession, très loin du docu sur la maffia russe de Brighton Beach, mettant en scène un tueur à gage apparemment impavide (Tim Roth, dans l'un de ses meilleurs rôles) obligé de retourner dans son quartier d'enfance où il retrouvera l'amour, sa famille et la mort. Empli d'une gravité quasi-solennelle qui le hisse aussitôt au rang de drame antique, le film est d'une appreté inouïe. Visuellement impeccable, joué au cordeau, il réussit même à rendre des chants religieux russes captivants.
J'en sortis ébranlé et émerveillé d'avoir vu s'exprimer ainsi un immense cinéaste en devenir.

Six ans plus tard, Gray remit ça avec THE YARDS, drame tout aussi intimiste, familial qu'antique. La notion d'archétypes devenant de plus en plus évidentes, tout comme la fatalité poisseuse qui colle aux basques de ses personnages joués, ce coup-ci, par un duo inédit : Joaquin Phoenix et Mark Wahlberg avec, dans le rôle du père, un James Caan jupitérien.

Et puis, l'an passé, Gray a bouclé sa trilogie policière en réalisant WE OWN THE NIGHT qui revient sur les traces de la maffia russe et du Queens, tout en reprenant le duo Wahlberg/Phoenix et en les balançant à la fin des années 80.
Film assez inracontable à moins de vouloir en gâcher la narration, il reprend le sillon débuté en 1994 : importance de la famille, des décisions que l'on prend et des choix qui s'imposent. L'inéluctabilité des événements n'est plus seulement du fatalisme mais une donnée comme les autres. Gray démontre l'étendue de sa palette et la maîtrise de sa mise en scène avec une sobriété et une retenue qui quoique prévisibles n'en sont pas moins respectables.
Pas d'effets inutiles, pas de pathos appuyé, juste l'histoire et les comédiens incarnant les personnages. Sans revenir sur la performance des deux principaux comédiens, la palme allant une fois de plus à Phoenix (qui joue dans le prochain Gray, une comédie romantique !), je voulais ici souligner les vertus du jeu de Robert Duvall qui interprète leur père.
Duvall est un peu un instrumentiste hors pair,  du genre qui fait corps avec son instrument sauf que lui n'est qu'un corps dévoué à donner vie à son personnage. Avec ce film Gray démontre que non seulement il avait encore des choses à dire et à montrer mais qu'il est surtout loin d'en avoir fini.
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