budgétance
![]() | « Les séances n’étant pas publiques, les membres du Conseil sont tenus à l’obligation de discrétion. » (Règlement intérieur du CA de mon lycée, article 3) Jeudi soir après une non épuisante journée de travail qui s’était peu ou prou borné à accueillir dans ma classe de troisième un surveillant de la Maison d’Arrêt d’Auxerre responsable du quartier des mineurs afin de leur faire prendre la mesure de la différence entre le quotidien des délinquants de leur âge et le leur (1), j’ai assisté à mon deuxième Conseil d’Administration en tant qu’élu du personnel enseignant (2). |
| Le précédent avait eu lieu à la mi-novembre et m’avait déjà bien fait marrer. La dose de solennité qui sied à ce genre de réunion a de quoi détendre les zygomatiques du plus austère des psychorigides ! On repère vite les habitués, ceux qui connaissent les arcanes, et les moyens de balancer une phrase slicée, comme ceux qui sont intimidés – en particulier les élèves. Chacun y défend son bout de bidoche, selon son statut (parent, élève, administratif, prof, agent…), selon son éloquence, selon le rôle que ses pairs lui ont attribué etc. Pour ma part, j’étais encore candidat à la prise de notes nécessaire à la rédaction ultérieure du compte-rendu du CA, rôle qui oblige son interprète, à bien écouter qui dit quoi sur quoi à qui et pourquoi, même quand c’est aussi inintéressant que la LOLF, les fontaines à eau, les marchés publics, le budget… oh ! autant pour moi, il faut que je vous parle du budget ! ! Parce qu’il faut que je précise que, jeudi soir, le nadir de ce conciliabule, son axe fédérateur porteur de sens et d’ennui à la fois, était le budget de l’établissement pour l’année 2006. À cette occasion, l’agent comptable du Lycée (3), élégamment vêtu d’un costume sombre, d’une chemise mauve prune et d’une cravate assortie, a rappelé quelques évidences : le budget est un document comptable prévoyant les dépenses et les recettes, établies en fonction d’une appréciation de celles-ci et ajustées au cours de l’année. Tout se résume à deux mots qui, désormais, seront mes deux lignes de force tellurique et cosmique : budgétisation et réalisation. Budgétisation : on prévoit une somme à dépenser (et la recette afférente), sans être sûr de ce qu’elle va ou non correspondre à la réalité mais en se basant sur sa réalité antérieure (si la dépense existait) ou supposée (si elle est créée). Réalisation : une fois les modifications apportées dans l’année et la dépense plus ou moins effectuée (et financée), le budget subit son ordalie : le compte financier. C’est en effet ce document qui prend acte de la réalisation (ou non) du budget initial et en tire les conséquences. Je résume : a) on prévoit une action et les moyens de l’accomplir puis, b), celle-ci effectuée, on fait les comptes pour savoir si elle a bien été effectuée et ce qu’elle a donné comme résultat. Exemple pratique : vous désirez refaire le papier peint de votre cabinet d’aisances car la vue prolongée d’iris mauve prune commence à vous irriter les pupilles et nuit à votre harmonieux transit intestinal. Afin de ne pas vous retrouver déconfit, et avant de vous rendre dans l’échoppe sise en zone industrielle ou commerciale de votre lieu de résidence, vous évaluez à l’avance la quantité de papier dont vous allez avoir besoin, c’est-à-dire la longueur de lais nécessaires à la métamorphose de votre pièce favorite. Le compte fait, après moult réflexion, et en tenant compte de vos finances, vous ralliez le commerce ad hoc et acquérez le matériel susceptible de vous aider à mener à bien votre projet. Vous virez de chez vous toute personne à même de vous déranger dans votre grand œuvre et, en moins de temps qu’il n’en faut pour lire le Maharabata, vous redonnez à votre chiotte une tonalité chromatique adéquate. Sauf que… Vous vous rendez vite compte qu’il vous manque deux ou trois lais pour achever votre entreprise et que, oublieux que vous avez été de commencer par la zone la plus visible de ladite pièce, vous vous retrouvez avec un pan de mur, en face du trône, qui demeure malgré vous, obstinément recouvert d’iris mauve prune. Moralité : budgétisation insuffisante et réalisation très décevante. Objection ! me direz-vous, il suffisait, avant la fin, de mieux évaluer la quantité nécessaire et, avant le retour des individus expulser précédemment, de retourner à la source des lais pour y acquérir ceux à même de vous permettre d’achever dans la plénitude extatique propre à tout travail bien fait votre entreprise du jour. Bon, je vous répondrai bien qu’on n’est pas dans un épisode de New York Police Judiciaire, mais je me contenterai de vous rappeler que, en règle générale, dans ce cas-là, soit il n’y a plus de rouleaux de la même teinte en stock, soit, si vous avez mieux « budgétisé » la chose, vous vous retrouvez avec une demi-douzaine de rouleaux superflus dont vous ne savez ensuite que faire. Et c'est valable pour plein d'autres situations... Tout ça pour revenir au sujet du CA de jeudi soir et au budget de mon lycée (4). Croyez m’en bien les amis, quand on n’est ni comptable de formation (5), ni dans la tête de l’agent comptable (ou celle du proviseur) et que, surtout, on assiste pour la première fois à la présentation et au vote d’un budget, et bien c’est proprement imbitable. Je pense que, avec le temps, j’arriverai à mieux comprendre les tenants et les aboutissants de l’exercice, mais en attendant, j’ai préféré m’abstenir sur ce coup. (1) le matin, ils avaient rencontré l’instituteur spécialisé qui enseigne aux détenus de la même officine de l’Administration pénitentiaire de manière à ce qu’ils comprennent que, même enchristés, ils devraient encore assister à des cours ! Non, en vrai c’était dans le cadre d’une opération de sensibilisation des élèves aux métiers connexes à la Justice que l’on fait dans mon lycée depuis sept ans : la Semaine de la justice. (2) j’en avais fait deux ou trois en tant que suppléant, mais ça n’était pas la même chose… vous ne pouvez pas comprendre ! (3) dont je tairai le nom ici parce que a) ça n’apporte rien au texte et b) que ça n’est pas intéressant. (4) oué, parce que l’air de rien je ne perds pas le fil moi ! (5) ça compte un deug d’Administration Economique et Sociale ? |
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