Et comme jadis Liman donna le rôle à une jeune actrice allemande commençant à se faire une notoriété internationale, Greengrass a fait appel à
Daniel Brühl, le héros de
GOODBYE LENIN pour jouer le rôle.
Le choix des acteurs, tous brillants (y compris les tueurs impacables qu'affronte Bourne qui ont une densité étonnante) est une fois de plus une donnée essentielle de la réussite formelle du film : si l'on retrouve la splendide Joan Allen, Greengrass lui a donné deux nouveaux chefs joués par
David Strathairn et
Scott Glenn ; j'ai découvert le premier dans
GOOD NIGHT AND GOOD LUCK, et quant à Glenn, il demeurera à jamais l'un des héros de
THE RIGHT STUFF. Mais on y croise aussi
Paddy Considine, Albert Finney...
On y retrouve enfin, toujours histoire d'en finir avec le personnage (mais en laissant une porte ouverte), celui joué par
Julia Stiles qui traverse les trois films. Il y a d'ailleurs, à son sujet, une étrange inversion des genres qui la fait apparaître comme un clone du personnage de Marie, y compris dans la scène où elle change sa chevelure.
Deux mots encore pour expliquer le plaisir inouï ressenti en voyant ce dernier film.
Primo, l'histoire, outre qu'elle comble les ellipses du précédent, revient sur la question implicite qui organise toute la trilogie : à quoi servait en fait Threadstone, ce programme qui "fabriqua" Jason Bourne ? Gilroy et Greengrass donnent leur réponse : à se débarrasser des contraintes éthiques et légales en créant des tueurs sans états d'âme, capables d'éliminer toute cible, y compris un citoyen américain. Si le sujet des
interrogatoires externalisés et du recours à la torture n'est qu'évoqué**, ils sont du moins abordé dans la même perspective : les dangers qui nous menacent ne doivent pas autoriser tous les débordements. Ainsi, Bourne ne tue pas le policier russe au début ("Je n'ai rien contre toi" dit-il.) et épargne-t-il "l'atout" à New-York, au nom de cette éthique retrouvée en même temps que l'envie de rédemption (au début) et de la mémoire retrouvée (à la fin). Curieusement, je repense au
Voyageur sans bagages de Jean
Anouilh dans lequel le héros, amnésique, refuse d'assumer sa véritable identité quand il découvre le sale type qu'il était avant de perdre la mémoire. Bourne redevenant Webb, ne découvre-t-il pas que personne ne lui a forcé la main ? qu'il n'est pas une victime mais un soldat patriote volontaire ? !
Secundo, et pour finir, la mise en scène de Greengrass est ici à son meilleur, tant au servie de l'action (et mention spéciale à son monteur, Christopher Rouse) filmée avec une fluidité seulement bridée par les changements de décor, qu'à celui des scènes plus "intimistes". De fait, s'il a choisi de ne pas décevoir un public de plus en plus exigeant pour ce qui est des bastons et des poursuites (et les séquences marocaines sont un must du genre), il ne sacrificie pas pour autant ses personnages et leur caractère. En fait, ceux-ci sont tellement imbriqués dans l'action, celle-ci faisant tellement partie de leur "programmation", que le moindre de leurs gestes, regards, tend à donner du rythme et de la crédibilité à la narration. Nulle ici séquence romantico-bucolique comme dans la seconde partie de
CASINO ROYALE lorsque l'idylle entre Bond et Lynd se noue. Le film qui dure un peu moins de deux heures est à l'image de Bourne : tendu vers un seul but, n'hésitant pas à faire de la casse pour y parvenir, comme dans cette poursuite new-yorkaise, écho de la
moscovite qui achevait le film précédent. Et enfin, comme on aurait pu s'y attendre, le film s'achève comme l'histoire avait commencé : dans l'eau.
Du coup, je regrette déjà que ce ne soit plus Greengrass mais Zach Snyder qui soit en charge de l'adaptation de
The Watchmen, mais bon, ça c'est une autre histoire...
* qui a écrit la version américaine de
State of Play, l'excellente mini-série britannique (et quand la verrons-nous enfin à l'écran ?) avec Brad
Pitt dans le rôle de John
Simm, et Edward
Norton dans celui de David
Morrissey...
** comme dans le
NEXT de Lee Tamahori où la torture, sous le contrôle de militaires et d'agents fédéraux, par un médecin, semble normale du moment que c'est fait au nom de la survie du plus grand nombre !