jason bourne n'est plus... (contient des spoilers!!)

Publié le par jifi

"Arraché par le réveil aux abysses grouillants
dont nous n'avons point à connaître.

A peine la conscience renaît-elle qu'ils se referment.
On n'en rapporte pas même le souvenir."
(Pierre Bergounioux)


Dimanche matin.
Parti dans le brouillard, j'ai cheminé sur la N6 en chantant en yaourt Subliminal Plastic Motives, mon unique et préféré album de Self.

Puis, en attendant le début de la séance, j'ai commencé "Le goût de l'immortalité" de Catherine Dufour (Le Livre de poche n°27032) que j'ai acheté hier matin avant d'aller au marché. Mon intuition me semble juste : ça m'a l'air très bien écrit, et étonnamment structuré. Comme le dit sa narratrice : "A défaut de style, j'ai au moins une histoire."

Peu de monde dans la salle, mais un "collègue" cuistre qui m'apostrophe et que je salue machinalement sans lever la tête de mon livre.

Enfin, après un tunnel publicitaire digne d'une chaîne hertzienne, le film a commencé.
Je suis bien content d'avoir retardé autant l'occasion d'enfin voir THE BOURNE ULTIMATUM [La vengeance dans la peau], le dernier volet de la trilogie Jason Bourne de Robert Ludlum. Ça m'en effet donné l'occasion de revoir au moins encore deux fois les deux premiers en dvd ; ainsi que le pathétique téléfilm avec Chamberlain dans le rôle titre !

A nouveau écrit par Tony Gilroy (associé à Scott Z. Burns), TBU commence là où aurait pu se terminer THE BOURNE SUPREMACY [La mort dans la peau], le deuxième opus déjà réalisé par Paul Greengrass).
En effet, on retrouve Bourne, blessé, à Moscou, dans la rue, juste après qu'il soit allé avouer à la fille de Nevski qu'il était son assassin. Mais, me direz-vous, le film ne se termine pas là, mais à New-York, avec la révélation de l'identité réelle de Bourne !

Et c'est là que TBU est structurellement parlant excellent : Gilroy* a eu l'idée de raconter ce qui se passe entre l'épisode moscovite et cette scène qui sert d'épilogue à TBS ; mieux encore, il prolonge cette dernière en rajoutant un épilogue à la trilogie, bouclant ainsi son histoire !
Un exemple de cette volonté de faire le ménage pour ne rien laisser en souffrance (histoire d'éviter la tentation d'un 4e épisode ?) : après Moscou, on retrouve Bourne à Paris où il retrouve brièvement, le frère de Marie, sa compagne jouée par Franka Potente dans THE BOURNE IDENTITY [La mémoire dans la peau] puis assassinée au début de TBS.
Et comme jadis Liman donna le rôle à une jeune actrice allemande commençant à se faire une notoriété internationale, Greengrass a fait appel à Daniel Brühl, le héros de GOODBYE LENIN pour jouer le rôle.
Le choix des acteurs, tous brillants (y compris les tueurs impacables qu'affronte Bourne qui ont une densité étonnante) est une fois de plus une donnée essentielle de la réussite formelle du film : si l'on retrouve la splendide Joan Allen, Greengrass lui a donné deux nouveaux chefs joués par David Strathairn et Scott Glenn ; j'ai découvert le premier dans GOOD NIGHT AND GOOD LUCK, et quant à Glenn, il demeurera à jamais l'un des héros de THE RIGHT STUFF. Mais on y croise aussi Paddy Considine, Albert Finney...
On y retrouve enfin, toujours histoire d'en finir avec le personnage (mais en laissant une porte ouverte), celui joué par Julia Stiles qui traverse les trois films. Il y a d'ailleurs, à son sujet, une étrange inversion des genres qui la fait apparaître comme un clone du personnage de Marie, y compris dans la scène où elle change sa chevelure.
Deux mots encore pour expliquer le plaisir inouï ressenti en voyant ce dernier film.

Primo, l'histoire, outre qu'elle comble les ellipses du précédent, revient sur la question implicite qui organise toute la trilogie : à quoi servait en fait Threadstone, ce programme qui "fabriqua" Jason Bourne ? Gilroy et Greengrass donnent leur réponse : à se débarrasser des contraintes éthiques et légales en créant des tueurs sans états d'âme, capables d'éliminer toute cible, y compris un citoyen américain. Si le sujet des interrogatoires externalisés et du recours à la torture n'est qu'évoqué**, ils sont du moins abordé dans la même perspective : les dangers qui nous menacent ne doivent pas autoriser tous les débordements. Ainsi, Bourne ne tue pas le policier russe au début ("Je n'ai rien contre toi" dit-il.) et épargne-t-il "l'atout" à New-York, au nom de cette éthique retrouvée en même temps que l'envie de rédemption (au début) et de la mémoire retrouvée (à la fin). Curieusement, je repense au Voyageur sans bagages de Jean Anouilh dans lequel le héros, amnésique, refuse d'assumer sa véritable identité quand il découvre le sale type qu'il était avant de perdre la mémoire. Bourne redevenant Webb, ne découvre-t-il pas que personne ne lui a forcé la main ? qu'il n'est pas une victime mais un soldat patriote volontaire ? !

Secundo, et pour finir, la mise en scène de Greengrass est ici à son meilleur, tant au servie de l'action (et mention spéciale à son monteur, Christopher Rouse) filmée avec une fluidité seulement bridée par les changements de décor, qu'à celui des scènes plus "intimistes". De fait, s'il a choisi de ne pas décevoir un public de plus en plus exigeant pour ce qui est des bastons et des poursuites (et les séquences marocaines sont un must du genre), il ne sacrificie pas pour autant ses personnages et leur caractère. En fait, ceux-ci sont tellement imbriqués dans l'action, celle-ci faisant tellement partie de leur "programmation", que le moindre de leurs gestes, regards, tend à donner du rythme et de la crédibilité à la narration. Nulle ici séquence romantico-bucolique comme dans la seconde partie de CASINO ROYALE lorsque l'idylle entre Bond et Lynd se noue. Le film qui dure un peu moins de deux heures est à l'image de Bourne : tendu vers un seul but, n'hésitant pas à faire de la casse pour y parvenir, comme dans cette poursuite new-yorkaise, écho de la moscovite qui achevait le film précédent. Et enfin, comme on aurait pu s'y attendre, le film s'achève comme l'histoire avait commencé : dans l'eau.
Du coup, je regrette déjà que ce ne soit plus Greengrass mais Zach Snyder qui soit en charge de l'adaptation de The Watchmen, mais bon, ça c'est une autre histoire...




* qui a écrit la version américaine de State of Play, l'excellente mini-série britannique (et quand la verrons-nous enfin à l'écran ?) avec Brad Pitt dans le rôle de John Simm, et Edward Norton dans celui de David Morrissey...
** comme dans le NEXT de Lee Tamahori où la torture, sous le contrôle de militaires et d'agents fédéraux, par un médecin, semble normale du moment que c'est fait au nom de la survie du plus grand nombre !
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