jjapkae, the city of violence...

Publié le par jeanphi







Film de cinéphile se revendiquant de Sam Peckhimpah, Sergio Leone ou bien encore Chang Cheh, JJAKPAE [The City of Violence] de Seung-wan Ryoo est la meilleure surprise de l'été en dvd.
Précédé d'un buzz numérique renforcé par la décision du BVP* de ne pas autoriser une publicité télévisée jugée trop violente, ce film coréen est un pur bijou dissimulé sous des apparences trompeuses. Méfions-nous donc des raccourcis du marketing (le film 100% baston mis en exergue par les magazines vendant de la pub et des filles presqu'à poils) et des paresses de la critique n'y voyant qu'une version coréenne de KILL BILL.
Le film de Seung-wan Ryoo est un film d'action, certes, mais aussi un film d'auteur, très personnel, dans lequel il a mis toutes ses influences de jeune réalisateur (à peine 34 ans), allant jusqu'à jouer un des personnages principaux (Seok-hwan, à gauche sur l'affiche ci-contre) alors qu'il n'a rien d'un comédien d'arts martiaux.
Je vous recommande ainsi, après avoir vu le film, parmi les bonus, le doc dans lequel il est interviewé avec sa femme, la productrice du film, et dans lequel il livre ses références. Il y a chez ce jeune homme, une fraîcheur, une candeur, et une modestie qui justement font plaisir à découvrir.

Cela se confirme ici, dans ce film au prédicat simple car vieux comme la narration : un homme apprend qu'un de ses amis d'enfance a été assassiné. Il retourne donc dans sa ville natale pour l'enterrement et se met en tête de retrouver les assassins de son ami. Dans le rôle de ce Charles Bronson coréen, Doo-hong Jung, (à droite sur l'affiche) un ancien champion de tae-kwon-do, par ailleurs chorégraphe des combats du film, qui joue un personnage de flic qui, peu à peu, va oublier son statut pour réendosser celui de l'ami vengeur. Mais la ville qu'il retrouve a bien changé, tout comme la société sud-coréenne et c'est surtout sensible au niveau de sa jeunesse.
Dans une des séquences (avec la dernière bien sûr) les plus époustouflantes du film, Tae-su, le flic, va se retrouver en butte à une bande d'adolescents, puis à une autre, et petit à petit, à une meute d'adolescents comme autant de zombies le poursuivant dans un centre-ville clinquant de vitrines de marques occidentales. Chacune de ces bandes porte des attributs différents : les break-dancers, les pilotes de BMX, les joueurs de base-ball, etc. et chacune représente à sa manière cette dérive identitaire et ghettoisante qui touche la jeunesse de ce pays, comme des pays occidentaux.
Le film culmine évidemment par une séquence grandiose dans laquelle nos deux compères décident d'en finir avec leur Némésis qui dîne dans un restaurant qui s'apparente plus à un château-fort ; chaque étape, comme autant de niveaux de jeu vidéo, est l'occasion de combats contre des adversaires de plus en plus déterminés dans des décors de plus en plus réduits. Le final souligne enfin le côté western spaghetti du film entretenu par une musique morriconienne en diable.
J'ai déjà dit ici et là sur ce blog combien le cinéma sud-coréen me réservait toujours des surprises, qu'elles soient bonnes, le plus souvent, ou mauvaises, plus rarement. Il y a dans cette cinématographie, une évidente volonté de s'épanouir et d'exister à côté des figures écrasantes que sont les productions chinoises et japonaises, et l'on sent bien que le choix a été de privilégier l'originalité plutôt que la pâle copie.
Film de genre assumé de bout en bout, JJAKPAE s'éloigne pourtant des productions chinoises et japonaises en raison de sa patte personnelle.



*le même qui, récemment, a aussi refusé d'autoriser une publicité anti-corrida jugée trop violente !
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Publié dans mets d'Asie

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