broken trail, un western élégiaque...

Publié le par jeanphi

Vu l'autre soir en dvd BROKEN TRAIL, un téléfilm de Walter Hill.

Adapté du roman du même titre par son auteur (Alan Geoffrion), il met en scène un cow-boy à l'allure fatiguée, Robert Duvall, qui retrouve son neveu (Thomas Haden Church) suite au décès de sa mère. Il lui propose de l'accompagner dans le Wyoming pour y convoyer des chevaux sauvages (les fameux mustangs) afin de les vendre au prix fort.
En ce temps-là, l'Histoire le confirme, les Britanniques en guerre contre les Boers en Afrique du Sud manquaient de chevaux.
En chemin, ils vont se retrouver comme qui dirait obligés de prendre en charge cinq jeunes chinoises promises à la prostitution.
Là encore, le film s'engage, l'air de rien, dans une ornière pas assez (ni bien) exploitée par le western qui a toujours eu tendance à releguer les Chinois dans des rôles bien déterminés au lieu de les montrer pour ce qu'ils étaient : des populations fuyant la pauvreté et cherchant la fortune, mais se heurtant, pour la plupart, à la cruelle réalité.
Leur voyage, va leur permettre de se découvrir, de se comprendre et de s'apprivoiser, les cow-boys rudes et frustres (en apparence) face aux jeunes chinoises ; mais aussi les autres personnages qui vont rejoindre l'équipée, parmi lesquels la prostituée Nola interprétée par Greta Scacchi.


Dans le "making-of" (un reportage trop court et frustrant d'une petite vingtaine de minutes), Walter Hill rappelle ce que disait Sam Peckhimpah à propos du casting d'un film, à savoir qu'il faisait 70% du travail.
En l'occurence, le choix de Robert Duvall est une évidence absolue. A 76 ans bien sonnés, l'acteur semble n'avoir jamais été aussi en forme, aussi alerte, aussi gouailleur, jouant à la fois dans une retenue très théâtrale mêlée à une générosité de sentiments qui donnent à ses répliques et ses attitudes une simplicité frôlant la spontanéité. Lui que j'avais déjà trouvé splendide dans le OPEN RANGE de Kevin Costner, prouve une fois de plus qu'il est un des derniers grands acteurs de sa génération, un des derniers cow-boys.
A ses côtés, Thomas Haden Church, un inconnu pour moi, joue son neveu avec une âpre détermination qui donne une réelle crédibilité à son personnage taciturne. Les autres sont tout aussi impeccables, avec une mention pour Chris Mulkey, le méchant de service.
J'ai eu, je le reconnais, plus de mal avec le personnage joué par Greta Scacchi. Ce n'est pas tant qu'elle joue mal, mais je ne reconnais plus dans cette femme-là, la comédienne qui m'avait tant fait fantasmer dans les années 80, en particulier dans le méconnu THE COCA-COLA KID de Dusan Makavejev. En voyant son visage marqué par le temps (qui, le personnage de Duvall le dit, ne pardonne rien), j'ai soudainement pris un coup de vieux.
Casting réussi donc, et mise en scène aussi. Walter Hill, que j'avais redécouvert en voyant le premier épisode de la saison 1 de Deadwood qu'il avait réalisé, s'est manifestement fait plaisir en filmant cette épopée renouant avec cette poésie des grands espaces que les réalisateurs étatsuniens sont désormais contraints d'aller chercher au Canada.
Il est encore à l'aise avec les scènes d'action qu'il filme avec efficacité et économie, mais il donne toute sa dimension lors des séquences plus larges, avec les chevaux, ou lors de cet intermède récréatif, au milieu du film, lorsqu'ils font une halte de plusieurs jours.
Il y a dans cette séquence, une tranquillité, une ode à la nature, qui en disent long sur la nostalgie qu'éprouvent, au fond du coeur, les Etatsuniens pour le western et l'image qu'il leur renvoyait de leur pays.
Comme le dit Duvall, les Anglais ont Shakeaspeare, les Français ont Molière, et nous avons le western.
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Publié dans amènes pellicules...

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