alexandre...

Publié le par jeanphi

Si François Bayrou adopte des “postures” (1), Oliver Stone a fait sienne les figures christiques tout en se complaisant dans une iconoclastie cinématographique assumée.

Américain acceptant d’expier à lui tout seul tous les pêchés de son pays, Stone a réellement commencé sa carrière de cinéaste avec SALVADOR, son petit brûlot sur la politique américaine en Amérique du Sud. Trois ans plus tôt, il avait écrit le scénario de SCARFACE, son portrait halluciné de Tony Montana, antihéros sacrifié sur l’autel du rêve américain, un candidat au titre de maître du monde. Puis ce fut PLATOON, et le personnage de Willem Dafoe mourant les bras en croix au Viêt-Nâm, cette guerre sur laquelle il n’arrêtera pas de revenir, obsessionnellement, et plus ou moins directement dans NÉ UN QUATRE JUILLET, JFK, ENTRE CIEL ET TERRE...

Plus près de nous, si l’on oublie le boursouflé U TURN et le détour par le football de L’ENFER DU DIMANCHE, ses autres films montrent tous des héros qui meurent christiquement, crucifiés par la société qui ne les accepte pas. Qu’il s’agisse du moins connu TALK RADIO, de WALL STREET (le rejet de ces personnages magnifiés puis rejetés), des DOORS (dans lequel jouait déjà Kilmer) et, surtout, de TUEURS NÉS, tous les films de Stone racontent des destins contrariés, des envolées vers la grandeur foudroyées en plein vol. (2)
Et puis vint ALEXANDRE, sa fresque épique en forme de meringue outrancière narrant la vie du plus grand conquérant que la terre ait portée, magnifié par Plutarque et ses collègues (3), guère prisé par le cinéma et aujourd’hui incarné par un Irlandais décoloré pour l’occasion : Colin Farrell.
J’avoue que, de prime abord, ce n’est pas tant le fait que Stone s’attaque à ce Macédonien qui m’a toujours fasciné par son désir d’unir l’Europe et l’Asie, mais son choix de casting. Certes, on n’est pas chez Gibson et il n’était pas question que ces Grecs-là parlassent le grec ancien, mais que le roi de Macédoine ait un accent irlandais (4), ça me faisait un peu bizarre. Et puis, hier soir, j’ai eu la surprise de découvrir que tout fonctionnait : la couleur des cheveux, l’accent, l’homosexualité du personnage (5), la démesure de ses batailles (Gaugamèle !), l’ampleur des tueries, les dissensions dans les rangs macédoniens etc. etc. (6)
Colin Farrell est Alexandre le Grand et, désormais, que l’on aime ou pas le film de Stone, il y aura eu un avant et après cette version. Le choix scénaristique de Stone de faire raconter l’histoire par un ancien officier macédonien devenu pharaon d’Egypte et qui aura perpétué la geste macédonienne, Ptolémée (Anthony Hopkins) est un renvoi à l’Histoire. C’est en effet via les récits des vétérans et des historiens embarqués dans la folle ruée vers l’Est que l’on connaît l’histoire des conquêtes d’Alexandre.
La longueur du film (2h48, mieux que THE AVIATOR) était nécessaire pour peindre une fresque pareille, un tel film au long cours qui s’il souffre de longueurs et s’essouffle entre la défaite de Darius et celle d’Alexandre en Inde, est à l’image de la trajectoire de son héros, fulgurante à ses débuts puis, petit à petit, perdant de son énergie et de sa puissance au fur et à mesure que les ambitions d’Alexandre se heurtèrent à l’ampleur de ses désillusions.



(1) lisez le compte-rendu de son passage sur tf1 le 25 août dernier !
(2) Quid de NIXON alors ou de son COMMANDANTE (film sur Castro) ? Je ne dis pas que ma lecture des films de Stone est à toute épreuve. et on verra ce que donnera son THE NIGHT WATCHMAN sur un scénar d’Ellroy...
(3) ah ! ces heures passées à la Bibliothèque municipale de Toulouse à retranscrire des pages entières d’historien grecs des pages des éditions des Belles Lettres à mes cahiers en vue de la réalisation d’un dossier pour mon UV d’histoire grecque...
(4) dans une scène, un des officiers grecs d’Alexandre fait un long discours rendu comique par l’accent écossais du comédien Lair Mackintosh...
(5) reconnaissons à Stone le courage de montrer un héros préférant à sa femme la compagnie de son amant et ami d’enfance Héphaïstion (Jared Leto) ou de Bagoas...
(6) Sur Alexandre, j’ai relevé plusieurs sites anglophones (, et ) et français (, et ) mais il y en a tellement que je vous recommande surtout la lecture de De la Grèce à l’Orient, ALexandre le Grand de Pierre Briant, Editions Gallimard, Découvertes, Paris 1988, n° 27.

ps : ce soir, soirée théma consacrée à Sherlock Holmes avec diffusion de l’irrésistible THE PRIVATE LIFE OF SHERLOCK HOLMES de Billy Wilder suivi d’un documentaire et de LA DAME EN VERT de Roy William Neill avec le grand Basil Rathbone...

ps (2) trop de sites sur le héros de Conan Doyle mais je vous recommande quand même celui-ci, cet autre (tous les textes en vo), un sur Jeremy Brett, un autre sur Billy Wilder et, enfin, un sur le film...

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Publié dans amènes pellicules...

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M
françois bayrou ne fait tiquer personne !
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J
ce qui est formidable c'est que je peux citer François Bayrou dans un texte sur ALexandre le Grand et ça ne fait tiquer personne...
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