cinq anecdotes en quête d'auteur...
| Stéphane, un type que je considère pourtant comme un ami, n'a rien trouvé de mieux que de me lier à une chaîne inepte. Il s'agit de raconter cinq choses me concernant que je n'avais pas encore racontées... 1) Enfant, je ne saurais dire quel âge j'avais exactement, mais moins de dix et plus de cinq ans, j'ai manqué de mettre le feu au domicile familial. Comme d'autres enfants de tous temps, j'étais alors fasciné par le feu, et en particulier les allumettes. Lassé d'en gratter pour les voir se consumer, j'avais un jour décidé de voir ce qui allait se passer en rapprochant une pièce de tissu (un torchon ? un mouchoir ? je ne sais plus) d'une allumette enflammée. Le feu s'embrasa si rapidement que je pris peur, laissai tomber le tissu igné et m'enfuis sans prendre la peine de regarder où ledit tissu était tombé. Je sortis en trombe de la maison et alla me cacher quelques rues plus loin, dans une des nombreuses cachettes que mes soeurs et moi avions dans le quartier. J'y suis resté des heures entières ; peut-être pas la journée entière, mais cela me parut une éternité. De la même manière, je ne saurai dire si je suis rentré penaud, m'attendant à voir des pompiers plein de suie posant devant les restes calcinés de mon acte, ou si quelqu'un est venu me chercher. Il y avait eu en fait plus de peur que de mal, car ma mère avait eu tôt fait d'être alerté par l'âcreté du tissu en combustion et avait arrosé copieusement le bac à linge sale où, pyromane inconscient que j'étais, j'avais donc abandonné mon expérimentation. Des années plus tard, plus par accident que par choix ou conviction, je passais neuf de mes onze mois de service militaire dans l'unité de Secours Sécurité Incendie et Sauvetage de la base aérienne de Toulouse-Francazal où j'appris, entre autres, à éteindre des feux. 2) Vers seize ans, ou était-ce dix sept, j'ai bien manqué de me tuer suite à une conjonction de petits faits dont la réalisation stupide aurait pu déboucher sur un massacre. Je m'explique. Je conduisais alors, pour mes déplacements, une vieille mobylette capricieuse qui, à ce moment là, n'avait plus de freins qu'à l'avant (ou l'arrière ?), m'obligeant à gérer ma vitesse comme un pilote de formule 1 son carburant, et à utiliser la semelle de mes chaussures pour compenser les faiblesses de mon engin. Bon an mal an, je m'en sortais, jusqu'au jour où, au retour d'une sortie quelconque, alors que je rentrais chez moi, je me rendis compte que je n'avais plus de freins que pédestres, ceux de l'avant (ou l'arrière ?) m'ayant en chemin lâché sans préavis. Pour mieux comprendre le sens de l'anecdote, il faut que vous compreniez que la dernière partie du trajet consistait en une côte pentue (l'avenue de la Gloire, pour ceux qui connaissent) qui, parvenu au sommet (prendre à gauche pour aller au cimetière), se poursuivait en une descente aussi pentue, voire davantage. La descente était interrompue par un feu et coupée par un boulevard (des Crêtes) et se poursuivait ensuite jusqu'à la sortie de la ville. Dernier détail : peu avant le feu en question, une rue, à droite, remontait abruptement à l'assaut de la colline. Et aussi, j'oubliais, la descente était en fait une boucle assez large, un virage. Que m'est-il passé par l'esprit, je ne saurais le dire, mais le fait est que l'esprit de Daho Robinson et de Colt Seavers m'ont laissé accroire qu'en descendant en roue libre j'aurais, le moment venu, assez de force pour obliger mon engin à tourner à droite avant le feu et à s'arrêter en raison de la pente. Aie ! Et je me suis laissé descendre. Autant dire que, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'ai compris que ça n'allait pas marcher et que la fin de la descente allait être une vraie boucherie. Aussitôt après le virage, n'écoutant que mon instinct de survie, j'ai sauté de ma mobylette. Conclusion : aucune fracture ni contusion, ma mobylette a peu près intacte et, surtout, la chance phénoménale qu'aucun autre véhicule montant ou descendant ne me soit rentré dedans ou n'ait percuté ma mobylette. A vrai dire je me demande encore comment je m'en suis sorti ce jour-là. 3) Bon, passons à quelque chose de plus plaisant. J'avais alors treize, ou bien quatorze ans, et je raccompagnais chez lui Frédéric, mon meilleur ami qui habitait près du canal du Midi, en plein hiver. Il faisait un tel froid que le canal lui-même avait gelé. D'ordinaire, pour arriver chez lui il fallait prendre le pont, ou faire un détour et emprunter la passerelle. Mais ce jour-là, sans nous être au préalable concertés, tels des gamins dans une nouvelle de Stephen King, nous avisâmes la glace avec la même idée à l'esprit. "On traverse ?" Je ne sais lequel de nous deux lança le défi à l'autre, mais je sais que l'autre répondit aussitôt un truc du genre "Et si la glace pête ?" qui fit renchérir le premier d'un "Alors il faut qu'on y aille ensemble pour que l'autre puisse l'aider à sortir de là !" Et oui, vous ne rêvez pas. On s'est aussi sûrement dit que ça ne se reproduirait jamais (ce qui c'est avéré exact, du moins jusqu'à aujourdhui) et qu'ensuite, en grandissant, on regretterait de ne pas l'avoir fait. Alors du coup, forcément, on l'a fait, à petits pas timides, craintifs, allant jusque dessous la passerelle puis, la trouille au ventre, nous rapprochant de la rive. Et tout ça en pleine journée. 4) D'accord, ça nous en fait trois, bien personnelles, et quoi que je pense à bien des anecdotes inédites, je sens que je vais avoir du mal à mener l'entreprise à bout sans me dénuder. Quoi que... A dix-huit ans, en terminale, j'allais un vendredi soir passer la nuit dans le ciné-club de l'ENSEIHT, une école d'ingénieurs située derrière la Sécurité Sociale à Toulouse qui organisait plusieurs fois dans l'année des nuit du cinéma. Je ne me rappelle pas vraiment du programme, hormis l'ALIEN de Ridley Scott, LE MECANO DE LA GÉNÉRALE de Buster Keaton, et que le dernier film projeté était OBSESSION de Brian de Palma. Je sais juste que l'ambiance était géniale, les consommations bon marché, que j'avais dû m'asoupir trois quart d'heure durant le Keaton, et, surtout, que je ratais le dernier quart d'heure du De Palma car il me fallut me barrer en mobylette pour rallier mon lycée en temps et heure. J'avais en effet cours le samedi matin. Plus particulièrement, ce matin-là, j'avais un bac blanc de philosophie. J'arrivais quelques minutes avant la sonnerie. Tous mes camarades avaient la mine fatiguée, pour ne pas dire déterrée, alors que moi, en plein rush d'adrénaline cinéphagique, je pêtais la forme. Le sujet était "Que faut-il respecter ?" J'ai dormi ensuite toute l'après-midi. Et je n'ai jamais vu la fin d'OBSESSION. 5) Enfin, il y a quelques années, alors que je rentrais dans la pimpante commune de Neuvy-sur-Barangeon, je vis une vieille dame, toute chenue et chichement vêtue, qui, sur le bord de la chaussée, semblait, aussi inconcevable que cela puisse paraître, faire du stop. Je ralentis jusqu'à sa hauteur et la saluait. Elle m'expliqua que son époux était hospitalisé à Vierzon, et qu'elle n'avait pas les moyens de se payer un taxi pour y aller. Devant passer à proximité pour récupérer l'autoroute, je lui proposais de la mener jusqu'à l'hôpital de Vierzon et la fit monter. Assez vite, une âcre odeur (non de brûlé, je vois qu'il y en a qui suivent) que je ne peux qu'associer qu'aux personnes âgées à l'hygiéne douteuse, m'assaillit les sinus en même temps que débutait la logorrhée de ma passagère qui ne cessa qu'à l'arrivée devant l'hôpital. J'eus droit tout au long de l'interminable vingtaine de kilomètres, à l'histoire de sa vie, de ses malheurs, des problèmes de santé de son époux, et des endroits où les gendarmes se planquaient avec leurs radars dans la forêt domaniale de Vierzon. Ce fut assommant, comme une injection de Zola directement dans le cerveau. "T'as voulu voir Vierzon / Et on a vu Vierzon" et dire que j'adorais chantonner ça enfant ! Le fait est que depuis, j'évite Vierzon et prend directement à droite, vers l'autoroute, mais qu'aussi, au moment de ralentir à l'entrée de Neuvy, je m'attends à chaque fois à la revoir. Alors comme je suis censé passer le flambeau, je vais pas me gêner en embarquant dans cette galère pimpeleu, christian, bière bremier, joye et mirdess ! |
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