a bittersweet life
| Je ne sais pas ce qui m’a retenu jusqu’à aujourd’hui de vous parler de A BITTERSWEET LIFE [Dal kom han in-saeng], cette vie douce-amère si magistralement portée à l’écran par le talentueux Kim Jee-Woon. Ce n’est un secret que pour ceux qui ne connaissent pas ce blog (autant dire tout le monde), mais je suis un passionné de cinéma asiatique, de films policiers, et plus récemment, de cinéma coréen. Je me souviens encore du choc de MEMORIES OF MURDER [Salinui Cheok] de Bong Joon-ho dont je vous recommande aussi THE HOST [Gwoemul] actuellement dans les salles. Il y a chez les Coréens une volonté enivrante de se démarquer de l’écrasante tutelle sino-japonaise, tant économique que culturelle qui donne à leur cinéma une liberté et une audace qui force le respect et entraîne immédiatement adhésion ou rejet. A BITTERSWEET LIFE est une histoire de valeurs et de principes dont le cadre se déroule dans cet entremonde interlope du crime organisé mais qu’on pourrait transposer en tout temps et tout lieu sans aucune difficulté. Les décisions prises par le personnage principal, ses sentiments, jusqu’à son engagement physique ne sont pas sans me renvoyer, curieusement à un autre film que j’ai vu il y a peu et pour lequel j’ouvre un instant une parenthèse. |
![]() | (J’ai en effet vu, il y a une semaine de ça LES INFILTRÉS [The Departed], l’adaptation bostonienne réalisée par Martin Scorcese du INTERNAL AFFAIRS d’Andrew Lau et Andy Mak. J’avais apprécié l’exercice de style que représentait le film hongkongais, goûtant l’ironie de voir s’affronter deux stars du genre, Andy Lau en truand ayant infiltré les plus hautes strates de la police et Tony Leung Chiu Wai en policier se faisant passer pour un truand. Le final, nécessairement tragique, n’avait pas empêcher, tiroir-caisse oblige, les producteurs d’enchaîner sur deux suites que je n’ai pas tenu à voir pour autant. Imaginez ma surprise, non pas quand j’ai appris que les Américains avaient décidé d’en faire un remake (ils ont toujours fait ça), mais quand j’ai découvert que c’était Scorcese qui s’y collait. C’était en effet, après l’indigeste GANGS OF NEW-YORK et l’imparfait AVIATOR, l’occasion de voir le maître revenir en terrain familier. Dans sa version, bien éloignée de New-York (trop évident), Matt Damon y endosse la défroque d’Andy Lau, incarnant un salaud souriant avec la même efficacité que lorsqu’il joue les Jason Bourne, tandis que Leonardo Di Caprio confirme toutes les promesses tenues dans ses précédents rôles en jouant le flic infiltré avec une fragilité et une conviction qui emporteraient l’adhésion du plus sceptique. Mais, est-ce d’avoir vu la version originale et de connaître l’histoire, ou cette impression d’assister à un ballet trop bien chorégraphie, mais j’ai eu, comme avec le film de Lau et Mak, la sensation d’assister à un exercice de style vide de sens, brillant mais vain. Il restera la prestation de Jack Nicholson qui reprend, sans s’en rendre compte, le cabotinage des SORCIERES D’EASTWICH en y injectant une dose de cette folie qu’avait De Niro dans les INROCKUPTIBLES de De Palma...) |
| A BITTERSWEET LIFE est une histoire de vengeance, aussi intemporelle que les paraboles zen qui ouvrent et ferment le film, en lui donnant cette porte de secours que j’ai personnellement choisie ; le film n’est en effet pour moi qu’une longue rêverie, pleine de bruits et de fureur, un songe fait par un homme amené à envisager une situation jusque dans ses ultimes retranchements. J’en veux pour preuve cette réplique du héros, à la toute fin du film (et je ne rentrerai pas dans les détails de la scène), qui se demande ce qu’il fait là, comment il en est arrivé là... Et si je prends le temps de vous proposer cette lecture toute personnelle d’un film qui, si l’on en juge par la jaquette, ne serait qu’une enfilade habile de gunfights et de combats à main nue, c’est parce ce qu’il s’en dégage, le film fini, en dépit de la violence réelle et brutale, malgré lesdits combats, une fois les dernières douilles retombées, les ultimes corps ensanglantés, une poésie et une tendresse que l’accroche publicitaire ne pourrait laisser deviner. A BITTERSWEET LIFE est aussi et surtout un film asiatique en cela que la violence la plus irrationnelle y côtoie les sentiments les plus fleur-bleue ou le comique de situation (la scène dans le terrain vague !) sans que cela ne vienne détraquer le rythme de la narration, ni déranger la composition soignée du cadre, de la lumière, ou le jeu des acteurs. |
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