the inside / criminal minds
| Le hasard qui fait parfois bien les choses a voulu que soient cet été diffusés simultanément The Inside et Esprits criminels. En effet, si toutes les deux ont en commun de mettre en scène des agents du FBI qui traquent des criminels, elles diffèrent sur énormément de points, et ce suffisamment pour que, tout en étant chacune intéressante en tant que telle, il soit tout aussi plaisant de pouvoir les comparer en temps réel. |
![]() | Je commencerai par la face sombre de cette gémellité inattendue : The Inside. On sent bien que M6 n’a pas su (ou voulu) se dépêtrer de la traduction (pourtant simple : l’intérieur, sous-entendu celui du cerveau du criminel), lui accolant la périphrase lourdingue de “Dans la tête des tueurs”. J’ai dès le début eu un a priori défavorable envers cette série qui, quoique bien interprétée et correctement filmée, dégageait un relent de conservatisme moral très républicain (un peu à l’instar de Les experts : Miami) symbolisé par la mise à mort (il n’y a pas d’autre mot) du criminel, à la fin du premier épisode, par le chef de l’unité VCU, Virgil Webster. Celui-ci, interprété tout en sécheresse par un Peter Coyote plus à l’aise que dans son fade personnage des 4400, dirige donc la Violent Crime Unit, une unité du FBI spécialisée dans les crimes violents, les fameux tueurs en série. S’il n’est pas omnipotent, il n’en exerce pas moins une autorité charismatique réelle, sur fond assez nauséeux de méthodes discutables, mettant en permanence ses agents en danger, sur le fil du rasoir et en concurrence dans le seul but de mettre fin aux agissements des criminels qu’il traque. |
| Toute la série, pourtant, ne gravite pas autour de lui mais autour du personnage de l’agent Rebecca Locke (joué par Rachel Nichols) qui intègre l’unité au début du premier épisode. Cette arrivée est intéressante à deux titres : elle nous donne à voir une unité déjà existante, solide, pourvue d’une histoire, dans laquelle la jeune recrue va devoir se faire une place ; elle nous permet aussi d’être davantage en empathie avec le personnage de Locke car l’on a tous été ce nouvel élève (ou autre) débarquant dans une classe remplie de gens se connaissant déjà... Il faut aussi dire que l’on apprend rapidement que Webster a engagé Locke en raison de son passé qui lui a donné des ressources et une acuité intellectuelle à même de, d’où le titre, se mettre à la place, à l’intérieur de l’esprit des criminels. Enlevée alors qu’elle n’était qu’une enfant et retenue pendant dix-huit mois jusqu’à ce qu’elle réussisse à s’évader, elle a, à la fois, puisé dans cette expérience traumatisante une énergie et un instinct hors du commun, mais elle en a gardé aussi des fêlures que Webster exploite sans vergogne. Car si celui-ci exerce une sorte de figure paternelle auprès de Locke, cela n’a rien à voir, par exemple, avec celle d’un Grissom et d’une Sara Sidle dans Les experts. Webster ne fait pas de sentimentalisme : Locke est un outil, une arme, et il l’utilise à cette fin. En outre, la vision, à la même époque, d’Esprits criminels, versant moins sombre et moins nihiliste de the Inside, me fit d’emblée rejeter cette série-là. Je dois dire que j’ai depuis changé d’avis, en particulier depuis mardi soir et la diffusion de “Seule”. Je ne rentrerai pas ici dans les détails de l’histoire de cet épisode pour ne pas en déflorer les ressort. Il n’empêche que c’est cet épisode, non diffusé aux Etats-Unis, qui m’a ouvert les yeux sur une autre dimension de la série. Là où Profiler, la série vers laquelle The Inside louche depuis le début, mettait en avant les dons paranormaux de son héroïne pour expliquer ses aptitudes à traquer les criminels, The Inside laisse entrevoir une autre explication moins rassurante : la folie apprivoisée. Becky Locke serait, à mon sens, psychotique, et Webster en jouerait abusivement. Mais cela reste une théorie parce que, de fait, l’on n’en saura pas plus, y compris les derniers épisodes diffusés. La série a été en effet un échec aux Etats-Unis où seuls sept des treize épisodes de l’unique saison 1 ont été diffusés à l’antenne. Manque d’audience, série trop dérangeante, trop inhabituellement sombre, allez savoir pourquoi mais elle a été brutalement interrompue. Les responsables de celle-ci n’en étaient pourtant pas à leur coup d’essai puisque Tim Minnear et Howard Gordon sont de vieux routiers de la télévision, s’étant fait connaître sur des séries comme Buffy, Angel ou Firefly. Oui, je sais, Firefly a connu un sort similaire mais il n’empêche que, parfois, on se demande ce qui passe par la têt, justement, du public américain. |
![]() | Le cas de Esprits criminels est tout autre. La série qui en est à sa première saison marche très fort et devrait connaître une suite l’an prochain. Est-ce en raison de sa noirceur moindre ou d’une approche différente de celles de The Inside ? La série est avant tout basée sur une équipe très complémentaire menée d’une main paternaliste par Jason Gideon interprété magistralement par Mandy Patinkin. Celui-ci est à la tête du BAU, le Behavioral Analysis Unit, c’est-à-dire l’unité d’analyse du comportement. Et c’est la première pierre d’achoppement : pas ici d’enfant miracle ayant traversé l’enfer pour connaître l’esprit des criminels, mais une équipe d’agents entraînés à analyser le comportement des criminels : des profilers. |
| On est, paradoxalement, plus près de Crimes en série, la seule réussite française en la matière, que de The Inside. L’expérience, la culture, le sang-froid de Gideon sont aux antipodes de ceux de Webster. Gideon prend soin de son équipe car il a à cœur de la voir fonctionner tout en étant en empathie avec chacun d’eux. Il joue ainsi sans aucune ambiguïté son rôle de mentor auprès de Reid, le quasi autiste (ou psychotique lui aussi ?) génial de l’équipe. On comprend aussi qu’il tient, non seulement à arrêter (et non éliminer, comme Webster) les criminels mais, surtout, à protéger les victimes. C’est le chef d’une troupe de théâtre ambulante. Le succès de Esprits criminels tient à la fois dans ses intrigues originales et adultes, ses dialogues vifs et remplis de références (voir mercredi soir, dans “Le septième passager”, celle à John Nash, le héros du film UN HOMME D’EXCEPTION, dont le titre original était A beautiful mind...) et sa mise en scène impeccable, qu’à son casting et à l’interprétation des comédiens. Si Patinkin est un vieux briscard du cinéma qui trouve là un de ses rôles les plus emblématiques, la série a fait le pari d’offrir deux rôles sérieux à deux comédiens atypiques : Shemar Moore jouait dans un soap-opera (Les feux de l’amour) avant de devenir Derek Morgan, et Thomas Gibson était Greg dans la sitcom délurée Dharma et Greg avant d’endosser la personnalité austère de l’agent Hotchner. On retrouve aussi avec plaisir Lola Glaudini, vue en son temps dans feue FBI Opérations secrètes. Enfin, outre la blonde AJ Cook, notons les performances de deux comédiens jusque-là complètement inconnus et qui promettent beaucoup : Kristen Vangsness qui joue Penelope Garcia, l’agent qui est rivée à ses claviers et écrans et sert d’oracle à l’équipe ; mais surtout, l’étrange Matthew Gray Gubler que, dans d’autres circonstances, on aurait bien vu jouer un tueur en série. Il est Reid, ce génie aux allures de Forrest Gump, mais dont la présence n’est pas juste accessoire. Sa performance, par exemple, dans “Le septième passager” est brillante. Au final, Esprits criminels, littéralement Criminal Minds en vo, est une série adulte, intelligente et attachante, qui sert aussi de pendant à la noirceur de The Inside. Voir les deux séries d’un jour sur l’autre m’a rappelé cette époque pas si lointaine où l’on pouvait voir deux séries d’avocat produites par le même type (David E. Kelley) mais l’une étant une comédie parfois dramatique (Ally Mc Beal) quand l’autre était toujours dramatique, voire désespérante (The Practice). Pardonnez cette ultime queue de poisson mais je ne savais pas comment caser combien j’étais triste de voir s’achever (du moins le croyais-je) Boston Justice. Série à la fois caustique, cynique, synthétisant l’esprit des deux cités ci-dessus en y injectant des doses d’actualité sévères, Boston Justice est la saison de la maturité pour David Kelley, mais aussi pour ses comédiens, au premier chef, James Spader qui y trouve-là son meilleur rôle. Qu’on m’explique cependant pourquoi tf1 a-t-elle choisi de ne pas diffuser les derniers épisodes de la saison 2 ? ps : je viens peut-être de trouver l'explication à mon interrogation : c'est là. |
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