bonne action..
| Un jour, qui sait, je vous raconterai comment, l’espace d’une année, j’ai été scout. Ou pas. Il suffit que vous compreniez que j’ai grandi dans la foi catholique, programmé dès mon plus jeune âge selon un pernicieux système d’asservissement intellectuel et moral visant à faire de moi un homme bon. Je ne suis pas persuadé du résultat, ayant par ailleurs envoyé paître le programme quelque part au cours de mon année de troisième lorsque la révélation de mon libre-arbitre fit de moi un libre-penseur. D’aucuns pourraient dire que j’aurais mieux fait de soigner mon acné en fourrant ma langue n’importe où plutôt qu’en remettant en question l’enseignement de mes ancêtres ; inutile, je le fais de moi-même. Tout cela pour en arriver à l’étrange notion de bonne action. Oubliez la référence ludiquement implicite aux Castors juniors, et vos cours de philo de terminale (ou mieux, le bouquin de Ferry : au feu !), pour ne garder à l’esprit, disons, que certaines bribes de votre éducation civique. Aucune religiosité, sinon laïque là-dedans : aide ton prochain car il est ton égal. Donne ton sang car tu aimerais un jour en profiter aussi. Sois poli et serviable comme cela tu ne seras pas le premier suspecté et ça te laissera le temps de t’enfuir. Non, je m’égare de mon sujet. De fait, j’ignore vraiment à qui ou à quoi je dois cette propension, rare et inopinée, que j’ai à rendre service. Soyons honnête : je ne donne pas pour le Téléthon, je fuis les porteurs de sébiles, y compris ornées d’une croix-rouge, et je récuse toute demande d’aumône ostensiblement appuyée. Je ne contribue à aucune ONG reconnue d’utilité publique, je ne donne pas de mon temps pour les sans-abri et je ne parraine aucun orphelin du bout du monde. Tiens, je ne me connaîtrais pas mieux que je me trouverai égoïste et d’une piètre compagnie. Sauf que je me connais. Et que c’est plus fort que moi. J’ai beau, en effet, clamer à qui veut l’entendre, mon indéfectible pessimisme, ma croyance dans l’absence d’avenir heureux pour l’espèce humaine (ce que d’aucuns résument en disant que je suis un râleur, mais j’aime faire des phrases), je suis incapable, de temps à autre, de m’empêcher de commettre une bonne action. Il faut dire que le sort s’acharne aussi sur moi. Tenez, ce matin par exemple. J’étais en train de finir de taper le texte du post précédent de mon blog lorsque j’ai entendu tinter la clochette du portail. J’ai hésité quelques secondes puis je me suis levé pour voir à la fenêtre s’il ne s’agissait pas d’une vraie personne en lieu et place des chattes rentrant ou sortant du jardin. Eh bien c’était une personne réclamant mon aide. A moi ! Alors que je n’étais même pas habillé, ni lavé ! Ayant entendu les raisons de la requête je suis cependant descendu, enfilant tongs et t-shirt pour rejoindre ladite personne. Voilà le pitch : mes amis ont une voisine d’un certain âge qui, quoique très vive et rieuse, n’en a pas moins perdu beaucoup de sa mobilité. C’est pourquoi, je suppose, une personne (j’ignore sa fonction et ne m’en suis pas enquis) vient la visiter pour l’assister. Et ne voilà t-il pas que la voisine avait glissé sur le sol de sa cuisine et que cette personne, seule, n’arrivait pas à l’aider à se relever; D’où le recours à ma pomme. Et hop, en deux coups trois mouvements, la voisine était sur sa chaise et j’expliquais en même temps les raisons de ma présence tout en suggérant, le cas échéant, d’appeler en cas de besoin. Plus de peur que de mal, la vosine ne s'était pas fait mal, c'est déjà ça. Je sortis remercié de prêt, comme si de rien n’était, avant que les choses ne deviennent trop formelles. Une bonne action, n’est-ce pas ? je n’ai plus qu’à aller commettre quelque larcin pour équilibrer la balance... |
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