vincent d'onofrio est robert goren...
| Si Dick Wolf fait figure de démiurge géniteur dans la galaxie Law & Order, c’est bien René Balcer qui est le deus ex machina de Criminal Intent [New York Section Criminelle], la deuxième série dérivée après Special Victim [New York Unité Spéciale] et avant Trial By Jury [New York Cour de justice]. Dans Criminal Intent, une des séries à part car ne donnant qu’une part marginale à l’aspect procédural de la partie judiciaire de chaque affaire, les personnages récurrents sont au nombre de quatre : le capitaine Jim Deakins (Jamey Sheridan) à la tête du Major Case Squad (MCS) du NYPD, une unité spécialisée dans les affaires criminelles difficiles, les inspecteurs Alexandra Eames (Kathryn Erbe) et Robert Goren (Vincent d'Onofrio), et l’assistant du Procureur Ron Carver (Courtney B. Vance). Ce sont eux que l’on voit au générique, mais la vision de la saison 1 de Criminal Intent suffit rapidement à dénouer cette charade mise au point par René Balcer avec l’assentiment de Dick Wolf. Car si les histoires sont inspirées de faits réels (1), la série ne concerne en effet qu’un seul personnage autour duquel gravitent les autres : Robert Goren. |
| C’est un des personnages les plus complexes et les plus séduisants que la télévision américaine nous ait jamais proposé et on le doit à René Balcer, un Canadien fan de culture policière tant américaine qu’européenne. Je vous conseille de lire et de voir les interviews réalisés par Martin Winckler pour mieux vous en faire une idée. Robert Goren est une anomalie fictionnelle, une chimère scénaristique, un mutant télévisuel. Chaque épisode apporte au téléspectateur attentif sa part de renseignements plus ou moins directs sur son passé, ses goûts, ses passions, ses connaissances, ses talents ; mais plus il nous en révèle sur l’homme, plus il en obscurcit la connaissance que l’on croit en avoir. Tout l’intérêt dès lors de chacune de ses enquêtes n’est pas de savoir s’il va coincer le criminel (cela va de soit), ni même par quel stratagème manipulatoire il va y parvenir (on est au spectacle, on ne préfère pas trop connaître le truc à l’avance), mais bien plutôt d’essayer de cerner davantage son personnage, de nous l’approprier. Et cela n’a rien d’évident vu le mystère entourant le personnage. Voilà l’état de ma réflexion après avoir revu toute la saison 1 en dvd. De la vie présente de Robert Goren on ne sait presque rien : il vit seul, consacre la plus clair de son temps à son travail et le reste, on le devine, à lire et à se documenter. On ne lui connaît aucune vie sentimentale, même si, au hasard d’un épisode, on le voit renouer brièvement le fil d’une ancienne liaison pour obtenir un renseignement. Je le soupçonne de parfois dormir dans son bureau, ce qui expliquerait sa pilosité capricieuse. Il est toujours habillé en costume, même s’il ne rechigne pas à se déguiser lors de mise en scène. C’est son côté Sherlock Holmes. C’est aussi une des énigmes du personnage car on voit bien, à la manière qu’il a de remonter ses manches comme s’il ne voulait pas se salir, que ça n’a pas toujours été son type de tenue favorite. Lors d’un épisode, un mécanicien lui lance même qu’il n’arrive pas à se faire à l’idée de le voir ainsi habillé. Dans un autre on le voit utiliser un cran d'arrêt qu'il sort de sa poche pour soit attraper un indice sans le souiller, soit pour s'entailler la main à des fins de démonstration. Cela doit remonter à la vie précédente de Robert Goren, celle où, durant quatre années, il a travaillé pour les Stups, sous couverture. De là, on le suppose, ses acquointances avec ce biker tatoué des pieds à la tête, son odorat affûté. Mais quand à savoir ce qui l’a amené des Stups au MCS, mystère... Il en va de même de l’autre vie de Robert Goren, celle d’avant la police, lorsqu’il était miilitaire. C’est la partie de sa vie la plus complexe, celle qui ouvre à la fois le plus de portes tout en fermant autant. C’est là qu’il aurait appris à parler allemand, probablement en étant stationné en Europe. Cela expliquerait alors sa culture très continentale. C’est là aussi qu’il aurait appris à se familiariser avec les fusils de précision ; mais était-il tireur d’élite pour autant ? ou travaillait-il pour la police militaire ? Enfin, il y a encore une autre vie, une qui transcende les autres, une qui s’intercale peut-être entre l’armée et la police. Ancien enfant de choeur, Robert Goren quoique d’apparence volontiers frustre, est un homme cultivé, tout droit sorti de la Renaissance. Il sait cuisiner la bouillabaisse, jouer aux échec chinois (qu’il aurait appris en Chine), faire des tours de prestidigitation, a des rudiments de swahili, a suivi des cours de psychologie à l’université, a des amis écologistes radicaux, sait s’y prendre avec les schyzophrènes, ainsi que les enfants, s’y connaît en oeuvres d’art etc. etc. etc. La liste de ses talents et connaissances est à la fois astronomique et banale une fois que l’on admet le postulat initial qui veut qu’il s’agisse du meilleur enquêteur de la police new-yorkaise, un autiste génial dans la carcasse d’un bucheron canadien en costume cravate. De fait il faut attendre le début de la saison 2 pour le voir affronter un esprit égal au sien, mais de cela, on reparlera une autre fois... Je ne saurais donc trop vous conseiller d’acquérir à votre tour l’intégrale de la saison 1 qui permet, enfin, de revoir dans l’ordre, à son rythme, et en vo, cette merveille de télésérie dont la diffusion fantaisiste par tf1 ne rendait pas justice. Vivement la saison 2 ! J’allais oublier l’essentiel ! Robert Goren n’existe que par l’interprétation géniale de Vincent d'Onofrio dont le jeu hypnotique et polymorphe lui permet d’endosser toutes les vies de ce personnage atypique et de lui donner un corps et une présence crédibles ; mais aussi par la grâce du contrepoint féminin de sa partenaire, Eames, que Kathryn Erbe incarne avec une force de caractère inouïe. (1) Le prégénérique débute toujours par cet avertissement : "Altthough inspired in part by a true incident, the following story is fictional and does not depict any actual person or event." Ce qui prouve combien les producteurs couvrent leurs arrières c'est que chaque épisode se conclut aussi par : "The preceding story was fictional. No actual person or event was depicted." |
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