réminiscences...
| Que sont devenus les jours fériés de mai d’antan ? Comprenez moi bien, nulle nostalgie quelconque derrière cette interrogation ; juste une incompréhension fugitive. Avec une météo de début d’automne, de fausses crises politiques occultant les vrais débats, une programmation télévisée indigeste, des commémorations de moins en moins crédibles, ce huit mai, pour ne prendre que cet exemple, n’est en rien fidèle à ce que les jours fériés de mon enfance ressemblaient. Est-ce parce que, désormais, je suis un adulte salarié, pis encore, un enseignant, que je ne parviens pas à tut à fait lâcher prise ? Suis-je en train de prendre un coup de vieux ? (ces questions n’appellent aucun commentaire) Ou alors mon malaise est plus profond et plus curieux en fait. Car si je réfléchis davantage, oui, il m’apparaît alors qu’une donnée jadis intrinsèque à tout jour férié de mai est aujourd’hui absente : l’ennui. Enfant, je m’ennuyais ces jours-là. Non parce que le système scolaire, déjà, me manquait. Non. Bien plutôt parce que ces jours, essaimés au hasard des rotations terrestres, avaient le don de détraquer les semaines en y injectant, maladroitement, des doses de vacances, certes attendues, mais toujours perturbantes. Chaque jour férié avait alors cette saveur douce amère des dimanches après-midi, quand la lumière perd de son intensité et que les réalités reprennent le dessus. Alors, pour combattre cette entropie anomale, j’avais choisi de me dévouer corps et âme à l’ennui ; avec succès de surcroît. Cela me permettait, le jour férié achevé, de m’ébrouer et de reprendre le fil de la semaine sans trop de difficulté. Et aujourd’hui, alors que je me suis réveillé en entendant de jeunes gens du collectif Génération précaires évoquer stages et CPE, tandis que l’on fête, l’air de rien, comme gênés aux entournures, le soixante-dixième anniversaire des conquêtes du Front Populaire obtenues par les urnes et par les grèves, je me dis que ça serait bien, à nouveau, de m’ennuyer un jour férié comme celui-ci... |
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