de retour (4)...
| Au risque de me répéter, je lis beaucoup lorsque je suis en vacances ; surtout lorsque je suis à Toulouse. Il faut dire que s’y combinent différents facteurs endogènes qui contribuent à en faire un lieu plus que propice à ma bibliophagie : les commerces, les terrasses, les canapés de ma sœur, et, bien sûr, de bons livres. Habituellement ou accidentellement, c’est selon, je laisse chez moi le roman entamé pour ne pas être trop déboussolé en rentrant. C’est qui fait que, parfois, je me retrouve à devoir, avec plaisir, piocher dans l’imposante bibliothèque de ma sœur (miaou !) qui, toute éclectique qu’elle soit, est affectée par deux tares, l’une mineure (pas de Sf), l’autre majeure (décidément, pas de Sf !). Mais comme il m’arrive de lire aussi des polars, et que ma sœur les affectionne grandement, je ne suis jamais désemparé. Cela dit, j’aime surtout lire de la science-fiction. Et oui, que voulez-vous, ce n’est pas à mon âge que je vais me refaire à ce sujet. |
| Or donc, j’ai lu deux, enfin non un roman, l’autre étant en voie d’achèvement (mais je le fais durer...). Le premier que j’ai dévoré avec bonheur est le tome 2 de L’Etoile de Pandore, le nouveau roman fleuve de Peter F. Hamilton publié par les Editions Bragelonne ; celles-ci avaient précédemment publié l’excellent Dragon déchu que l’on peut aussi lire en poche (Livre de poche n°7227). Hamilton est un génie, et je l’affirme sans aucune emphase lyrique quelconque; je le tiens à la fois pour l’un des plus grands auteurs de science-fiction, mais aussi pour l’un des plus grands romanciers qui soient. Sa verve, son imagination, son aptitude à créer, animer et crédibiliser ses univers et les personnages qui les peuplent en font l’un des littérateurs les plus doués qu'il m’ait été donné de lire. Penser que l’on dégoise à tous vents sur la prose du cuistre BHL dont le grand public sait, de facto, tout, alors que l’oeuvre d’Hamilton n’est connue que des fans de Sf me scandalise. On peut commencer par n’importe lequel de ses romans, qu’il s’agisse du plus récent comme L’Etoile de Pandore (mais le tome 3 n’est pas sorti, ni la version en poche), ou Dragon déchu ; mais l’on peut aussi, et surtout, s’attaquer, en poche (chez Pocket) à son œuvre principale : L’Aube de la nuit, un métaroman composé de trois parties : Rupture dans le réel, L'Alchimiste du Neutronium et Le Dieu nu . Je tiens, et là encore je pèse chaque mot avec sérieux, ce roman comme l’une des pierres de touche, à la fois de la science-fiction moderne en ce qu’il syncrétise avec un rare talent tout un genre (le space opéra) en rendant hommage à ceux qui l’ont précédé, mais aussi l’affirmation éclatante d’une capacité à déployer et à exploiter des idées inédites comme je n’en avais pas lues depuis ma découverte de gars comme Dan Simmons ou Ian M. Banks . Mais ce roman est aussi, à mon sens, une œuvre majeure du roman contemporain, l’une de celles qui transcende cette taxinomie réductrice et issue du mariage malheureux du marketing et du mépris de la SF, et qui range Hamilton dans la catégorie des auteurs comme Philip K. Dick . Sans vouloir m’étendre davantage sur l’importance du genre science-fiction en tant que seule réel type de fiction littéraire en ce qu’il imagine un monde qui n’existe pas au lieu de seulement faire revivre différemment celui que l’on connaît déjà, je persiste à penser que la lecture d’auteurs comme Hamilton est sûrement la meilleure réponse aux gens qui disent ne pas l’aimer et/ou la connaître. C’est, enfin, une œuvre d’une telle richesse et qui procure un tel plaisir, y compris à la relecture (j’ai moi-même lu le cycle de L’aube de la nuit trois fois), que je n’espère qu’une chose, à savoir qu’il ne soit jamais mutilé par une mauvaise, ou piètre adaptation cinématographique ; et il m’en coûte de le dire car il y a là matière à faire de grands films, pour peu que l’on respecte et apprécie l’oeuvre. Le second est le premier tome de la saga d’Honor Harrington de David Weber, Mission Basilic paru chez mon éditeur préféré, L’Atalante. J’ai découvert Weber en lisant La lune des mutins, le premier tome d’une saga de space opera flamboyante qui s’est poursuivi depuis avec L’héritage de l’Armaggedon. Sans raconter l’histoire dans laquelle tout fan de SF se retrouve immédiatement happé, pour eu qu’il ait commencé à en lire jeune, ces deux romans renouent avec une ancienne tradition qui remonte au temps des pulps et des serials, des revues publiant des nouvelles dans les années 40 aux films de Flash Gordon, en passant par les films de cape et d’épée, et ceux de pirates. A ma connaissance, Weber est le seul auteur de SF à traiter le space opera comme une version moderne et crédible de ce qu’était avant la littérature maritime d’aventures. Son héros n’est pas seulement un astronaute devenu le sauveur de la Terre à la tête d’une coalition d’Humains et d’extra-terrestres aux commandes d’un vaisseau caché dans la Lune ; c’est surtout le descendant de tous ces capitaines de vaisseaux, corsaires, flibustiers et autres Némo, qui enfant, en lisant Jules Verne et les autres me préparèrent à l’émerveillement de la science-fiction. Mais Weber n’était qu’un demi-inconnu dans la mesure où je le connaissais déjà de vue. En effet, grand amateur de la collection La Dentelle du Cygne des éditions de L’Atalante, j’avais déjà eu en main l’un des nombreux tomes de sa saga Honor Harrington sans jamais franchir le cap. J’ai donc mis fin à cette longue valse-hésitation en achetant le tout premier tome, Mission Basilic. Et, tel Charlie se félicitant d’avoir engagé les trois filles, je ne peux que m’en féliciter. J’y ai retrouvé tout ce que j’avais adoré dans La Lune des mutins, et bien plus encore. Non seulement Mission Basilic est un très bon space opera, mais il est surtout, à sa manière, une longue scène d’exposition, un incipit de 495 pages présentant le personnage d’Honor Harrington, la capitaine la plus burnée depuis la Helen Ripley de la série ALIEN ! Le sérieux, la minutie avec laquelle Weber décrit et met en scène la marine spatiale manticorienne à travers les aventures de la capitaine de L’Intrépide et de son équipage font de ce roman un must pour tous les fans de space opera efficace. Weber a un réel talent, à la fois pour brosser des intrigues haletantes, mais aussi pour faire vivre des personnages complexes, qui ne s’offrent pas tout de suite au lecteur. La manière, quasi théâtrale, avec laquelle il articule les échanges dialogués entre eux afin de, progressivement, nous amener à les connaître et rentrer en empathie avec eux est tout à fait unique. Voilà pourquoi je fais durer le plaisir quand bien même je sais qu’il y a ensuite sept autres romans qui m’attendent. |
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