rita hayworth...
| “Quelques jours après, un chauffeur de la blanchisserie avec qui je faisais des affaires à l’époque m’a fait entrer plus de soixante affiches, la plupart de Rita Hayworth. Vous vous souvenez peut-être de cette image, mais oui, c’est sûr. Rita est habillée – en quelque sorte – d’un maillot de bain, une main derrière la tête, les yeux mi-clos, la bouche rouge et charnue, boudeuse, les lèvres entrouvertes. Ça s’appelait Rita Hayworth, mais ça aurait pu s'appeler “Femme en chaleur”. L’administration de la prison est au courant du marché noir, au cas où vous vous poseriez la question. Bien sûr. Ils en savent probablement autant que moi sur mon commerce. Ils le supportent parce qu’ils savent qu’une prison est comme une grande Cocotte-minute, et qu’il faut des soupapes quelque part pour lâcher la vapeur. De temps en temps, ils font une rafle, et on m’a mis deux |
| ou trois fois à l’isolement, mais quand il s’agit d’affiches, ils se contentent d’un clin d’oeil. Vivre et laisser vivre. et quand on trouve une grande Rita Hayworth dans la cellule d’un taulard, on prétend que c’est venu par la poste, envoyé par un parent ou un ami; Bien sûr tous les paquets des amis ou parents sont ouverts et le contenu inventorié, mais qui va vérifier l’inventaire pour un truc inoffensif comme une affiche de Rita Hayworth ou d’Ava Gardner ? Quand on vit dans une Cocotte-minute on apprend à vivre et laisser vivre, sinon quelqu’un vous taille un sourire tout neuf juste au-dessus de la pomme d’Adam. On apprend à faire des compromis. C’est encore Ernie qui a passé l’affiche de ma cellule, la 6, à celle d’Andy, la 14. Et c’est Ernie qui m’a rapporté un mot de l’écriture soigné d’Andy, un seul mot : “Merci” Un peu plus tard quand on nous as mis en rang pour la bouffe du matin, j’ai jeté un coup d’oeil dans sa turne et j’ai vu Rita Hayworth au-dessus de sa couchette, en maillot de bain, dans toute sa gloire, une main derrière la tête, les yeux mi-clos, ses lèvres douces et satinées entrouvertes. Au-dessus de sa couchette, là où il pouvait la voir pendant la nuit,, après l’extinction des feux, à la lueur des lampes à sodium de la cour.” "Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank” Je suis tombé hier soir sur la soirée consacrée par Arte à Rita Hayworth et, bien avant de repenser à mes émotions adolescentes quand je découvris la rousse flamboyante chanter en noir et blanc Put The Blame On Mame dans le GILDA de King Vidor ou, plus tard, quand je la vis, teinte en blonde pour satisfaire un caprice de son mari, mais encore en noir et blanc, jouer les femmes fatales dans THE LADY FROM SHANGAI d’Orson Welles, ma mémoire me ramena à ce passage de la novella de King qui inspira ce merveilleux film de Frank Darabont qu’est THE SHAWSHANK REDEMPTION [LES EVADES]. |
